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SÉLECTION OFFICIELLE – HORS COMPÉTITION

“Vicky Cristina Barcelona” : une espagnolade de Woody Allen

Penélope Cruz dans le film américano-espagnol de Woody Allen, "Vicky Cristina Barcelona".

WARNER BROS. FRANCE

Penélope Cruz dans le film américano-espagnol de Woody Allen, “Vicky Cristina Barcelona”.

Voilà des lustres que le générique des films de Woody Allen se déroule en caractères désuets sur fond noir. Si des choses ne changent pas, d’autres si : en 2008, le vieux jazz a cédé la place à une chanson pop espagnole qui vante les mérites de Barcelone, et les noms qui défilent sur l’écran sont presque tous à consonance ibère. Le directeur de la photographie, Javier Aguirresarobe, a travaillé avec les cinéastes Erice et Almodovar.

Chassé de son New York natal par les marchands du temple, Woody Allen, après une escale londonienne de trois films, arrive donc sous le soleil de Barcelone, avec, dans ses bagages, l’actrice Scarlett Johansson. Le tropisme méditerranéen de l’auteur d’Ombres et brouillard n’a jamais été évident, et pourtant l’acclimatation se passe admirablement.

L’enfant de Brooklyn a l’air de s’amuser comme un fou, et son enthousiasme, même s’il prend des formes déconcertantes, est communicatif. Le film emprunte des chemins que l’on croyait abandonnés depuis au moins un demi-siècle. Les personnages ont beau se servir d’appareils photo numériques et de téléphones cellulaires, l’histoire de Vicky Cristina Barcelona semble sortie des tiroirs d’un studio des années 1950, au temps où l’on envoyait Audrey Hepburn trouver l’amour à Rome.

Comme l’explique la voix off, Vicky (Rebecca Hall) est venue à Barcelone pour terminer sa thèse sur l’identité catalane, et Cristina (Scarlett Johansson) l’a suivie pour satisfaire des aspirations artistiques et amoureuses mal définies.

A peine arrivées, les deux jeunes filles font l’objet d’une tentative effrontée de séduction de la part de Juan Antonio (Javier Bardem), un peintre en vogue qui leur propose de les emmener en avion à Oviedo où ils feront l’amour tous les trois. La prude Vicky refuse, l’aventureuse Cristina accepte les sollicitations de cet amant latin. Les chassés-croisés amoureux qui s’ensuivent se compliquent encore avec l’apparition de Maria Elena (Penélope Cruz), l’ex-épouse, suicidaire et incendiaire, de Juan Antonio.

VACUITÉ HILARANTE

Devant les bâtiments de Gaudi à Barcelone, dans les ruelles de la ville d’Oviedo ou dans la campagne catalane, les acteurs se débattent dans leur carcan de clichés. Javier Bardem joue l’artiste ténébreux avec pas mal de finesse alors que Penélope Cruz en fait des tonnes en furie sensuelle. Le film n’attache aucune importance à la réalité des lieux (Vicky peut terminer sa thèse sans parler l’espagnol et en ignorant apparemment l’existence du catalan) et les dialogues sur la créativité sont d’une vacuité hilarante, sans que jamais Woody Allen dissipe tout à fait le doute sur le sérieux avec lequel il les a écrits.

Dans ce film, l’Europe libertine a recouvré tous ses pouvoirs pour subvertir les trajectoires rectilignes des Américains trop tranquilles. On dirait qu’au soir de sa carrière, Woody Allen se prend à regretter sa vie d’angoisses existentielles entre les lits et les divans de Manhattan. Comme une utopie arrivée en retard, il imagine une autre vie, qui n’a rien à voir avec la vraie, mais qui réchauffe et fait rire le temps qu’elle est à l’écran.


Film américano-espagnol de Woody Allen avec Javier Bardem, Penélope Cruz, Scarlett Johansson. (1 h 36.)

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